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Le jour où Joséphine Baker refusa de chanter dans un club ségrégé de Miami

Décembre 1950. Un des clubs les plus huppés de Miami Beach, le Copa City, propose une forte somme d'argent à Joséphine Baker pour une série de concerts. Refus net de l'artiste, qui s'oppose à chanter dans un lieu n'acceptant pas les spectateurs noirs. Cette décision choc au moment où la ségrégation sévit de plein fouet aux Etats-Unis marque un tournant pour l'artiste franco-américaine, qui deviendra ce 30 novembre, la première femme noire à "entrer" au Panthéon à Paris, mausolée républicain dédié aux personnages ayant marqué l'Histoire de France. A la fin des années 1940, chanteuse, meneuse de revue et résistante, Joséphine Baker, originaire de Saint-Louis dans le Missouri, est déjà une star mondiale du music-hall qui triomphe dans les cabarets de Paris où elle vit depuis 1925. Mais sa gloire ne lui évite pas de subir des discriminations dans son pays d'origine. En 1948, de nombreux hôtels new-yorkais refusent de la loger avec son mari blanc, le fra nçais Jo Bouillon. Un voyage qu'elle effectue seule et incognito la même année dans le Sud américain nourrit davantage son sentiment d'indignation. En 1950, Joséphine Baker n'hésite donc pas à dire "non" à la proposition du Copa City et à renouveler son refus lorsque le gérant du club, Ned Schuyler, se rend en personne à La Havane pour la convaincre. "Je ne peux pas travailler dans un endroit où mes semblables n'ont pas le droit d'entrer", assène-t-elle. "C'est aussi simple que ça".

- Tournée historique

Les lois ségrégationnistes empêchent en effet les afro-américains d'accéder aux plages ou aux établissements de Miami Beach en Floride, sauf s'ils viennent y travailler. Face à autant de détermination, M. Schuyler cède et signe un contrat qui garantit l'entrée à tous les clients quelle que soit leur couleur de peau.En janvier 1951, lors de la première nuit de concert au Copa City, Joséphine Baker, qui a invité des personnalités noires de New York, salue "sa première vraie représentation dans son pays natal depuis 26 ans", rapporte un article de Mary L. Dudziak, historienne des droits civiques aux Etats-Unis. "Les autres fois ne comptent pas. Aujourd'hui c'est différent. Je suis heureuse d'être ici dans cette ville dans ces circon stances qui permettent à mes semblables de me voir", confie la diva au public. Forte du succès des concerts à Miami Beach et encensée par la presse, Joséphine Baker entreprend un nouvelle tournée américaine en 1951 et exige à nouveau que le public de ses spectacles ne soit pas ségrégé. La "Vénus ébène" se sert de son argent et de son influence pour lutter publiquement contre le racisme. Elle porte ainsi plainte pour discrimination contre le prestigieux club Stork à New York accusant les serveurs de l'avoir ignorée. A Los Angeles, elle fait arrêter par la police un homme blanc qui refusait de manger dans la même pièce qu'elle. "Grâce à sa célébrité et sa richesse, elle a pu faire des choses à la pointe du mouvement pour les droits civiques que peu de gens pouvaient faire sans risquer des violences physiques ou la répression étatique", analyse Matthew Guterl, professeur à l'université Brown et auteur d'une biographie sur la chanteuse.

- Accusations

Ces coups d'éclat lui font cependant perdre des contrats à New York, et elle se retrouve accusée de communisme, arme usuelle utilisée pour faire taire les voix dissidentes américaines à l'époque du maccarthysme. Joséphine Baker quitte alors le pays, mais les autorités américaines continuent de la surveiller et font pression sur d'autres pays, notamment en Amérique latine, pour qu'elle ne puisse pas s'y produire, d'après Mary L. Dudziak. Mais l'artiste qui dispose d'un passeport français continue à voyager et à dénoncer haut et fort la ségrégation raciale aux Etats-Unis. Cette période "a montré l'ampleur de son engagement à avoir une voix et l'utiliser pour protéger les siens dans son pays natal", souligne Mme Dudziak. Joséphine Baker est la seule femme à s'exprimer aux côtés de Martin Luther King lors de la marche historique pour les droits civiques de 1963. "J'ai été dans les palais de rois et de reines et dans les demeures de présidents", lance-t-elle à la foule. "Mais je ne pouvais pas entrer dans un hôtel aux Etats-Unis et demander un café et cela me rendait folle de rage. Et quand je suis en colère, j'ouvre ma grande bouche vous savez."

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