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Entretien avec Idir Tas autour de son dernier livre, «Petite soeur»

«Un livre sur le deuil...»

L'Expression: Tu viens de publier aux Éditions du Net un livre intitulé «Petite Soeur». Peux-tu nous le présenter en quelques mots?
Idir Tas: Ce récit de vie est un hommage à ma petite soeur Saâdia, décédée à Béjaïa en mai 2021, la cinquantaine non encore atteinte. J'ai voulu saisir les instants de grâce et de partage que nous avons eus ensemble, d'abord durant notre enfance, puis plus tard en tant qu'adolescents et adultes. C'était une femme admirable, toujours souriante, animée d'une grande force de caractère et dotée d'une espérance à toute épreuve pour atteindre ses objectifs.

Enfants, vous avez vécu ensemble à Constantine, mais adolescents vous avez grandi dans des régions différentes d'Algérie et adultes vous étiez séparés par la Méditerranée. Comment as-tu pu entretenir cette complicité avec ta soeur?
À trois reprises, ma soeur est venue en stage à Toulouse; plus exactement au printemps 1997, en été 2001 et en hiver 2005. J'ai pu moi-même passer un séjour en Algérie durant les étés 2013, 2014 et 2015, ainsi qu'au printemps 2017. Séparés, nous avons parlé pendant des heures au téléphone, nous avons échangé quelques mails et nous nous sommes écrit, hélas, très peu de lettres.

Ton récit oscille souvent entre des moments d'émerveillement et des moments de séparation...
En effet... Alors que je cherchais à rassembler les moments heureux partagés avec ma soeur, se sont révélées toutes ces microfissures créées par nos nombreuses séparations. C'était comme si ma mémoire m'avait pris par surprise pour me révéler tout ce qui était caché sous un humus épais, avant la séparation suprême.

Ta soeur a été victime d'une erreur médicale. Peux-tu nous en parler?
D'abord, son cancer de l'estomac a été diagnostiqué trop tard. Ensuite, au lieu de faire de la chimio, comme c'est souvent le cas, ma soeur, mal conseillée, a accepté l'ablation totale de son estomac. Enfin, trois semaines après sa lourde opération, on l'a renvoyée chez elle. Heureusement qu'il existe encore aujourd'hui dans les hôpitaux publics algériens, dotés pourtant de moyens dérisoires, quelques médecins pour accompagner les malades en fin de vie. Une femme-médecin, que Saâdia a fréquentée au lycée Ihaddadane de Béjaïa, a pu ainsi atténuer les souffrances de ma Petite Soeur.

Que retiens-tu après avoir écrit ce livre?
Beaucoup de choses difficiles à dire. D'abord, j'ai cru vouloir écrire un livre seulement pour rendre hommage à la grande dame qu'était ma soeur, mais j'ai vite été rattrapé par la douleur de l'avoir perdue. Finalement, ce livre est devenu aussi un livre sur le deuil. Écrire sur elle, c'est mesurer le vide qu'elle a laissé même si j'ai retrouvé beaucoup de souvenirs heureux qui seront toujours pour moi comme un chemin magique pour la rejoindre. Je ne crois pas que je puisse apprendre à vivre sans elle et j'ai souvent envie d'aller casser la gueule à ses bourreaux. Je m'en veux aussi de ne pas avoir été là à ses côtés dans les derniers moments. Certes, la vie doit bien continuer, mais sans elle, elle a un goût bizarre. Ceci dit je retiendrai que l'existence humaine est si courte qu'il ne faut pas la gâcher inutilement par des disputes ou toutes sortes de choses futiles et surtout qu'il faut aller voir souvent les êtres que l'on aime, aussi souvent que c'est possible, et même créer les occasions pour le faire.

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