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«Mémoires d'un syndicaliste» de Abdelmadjid Azzi

Un livre sublimement préfacé par Daho Djerbal

«Le Printemps noir», un événement alimenté par «les outrances verbales et arrogantes» de Abdelaziz Bouteflika.

«Mémoires d'un syndicaliste» de Abdelmadjid Azzi, ouvrage achevé en novembre 2020, est un récit chronologique des événements dominants survenus entre 1978 et 2007. «Il s'agit là du témoignage non seulement d'un syndicaliste, devenu SG adjoint de l'Ugta de 1973 à 1978, mais aussi de l'itinéraire d'un jeune collégien, fils de chahid, qui a pris le maquis dès novembre 1956 en quittant ses études pour participer au combat libérateur...», cet extrait élogieux de la préface de Daho Djerbal, maître de conférences en histoire contemporaine, suffit pour donner la mesure de Azzi, cet homme qui occupa diverses hautes responsabilités à l'indépendance du pays après avoir été fait prisonnier en août 1959, pendant l'opération «Jumelles» et passé une partie de sa captivité à Landau dans le Palatinat, en Allemagne.
Abdelmadjid Azzi est aussi l'auteur de deux autres livres: «Parcours d'un combattant de l'ALN (w.3) publié en 2010 et dont la version arabe a été publiée en 2011 et le second «Le mouvement syndical algérien à l'épreuve de l'indépendance» publié en 2012.
Présenté en quatre parties distinctes, l'auteur aborde dans le livre «Mémoires d'un syndicaliste», nombre d'événements majeurs tels que le «Printemps berbère» (ou «Printemps noir»), qu'il décrit comme un mécontentement populaire alimenté, dit-il, par les «outrances verbales, les attitudes arrogantes et les actes provocateurs de Abdelaziz Bouteflika». Parmi ces actes, Azzi cite le président déchu qui déclare à Béjaïa que «de loin, je vous voyais très grands, mais vous n'êtes que des nains» et de récidiver à Tizi Ouzou avec une affirmation provocatrice et avec force «Jamais tamazight ne sera langue nationale!».
Lors de cet épisode douloureux, lit-on dans ce livre, 126 personnes ont trouvé la mort et plus de 5 000 autres blessées sont dénombrées parmi les manifestants, un drame qui a commencé le 18 avril 2001, se rémémore Azzi, lorsque Massinissa Guermah, un jeune lycéen de 18 ans, traité à l'époque de «voyou», est tué dans les locaux de la Gendarmerie nationale de Béni Douala, un élément déclencheur de ce qui va devenir «l'insurrection kabyle». Et Azzi de poursuivre, «des manifestations sont alors observées dans toute la région où a eu lieu le drame.»
Ces manifestations culminent le 14 juin 2002, par une immense marche en direction d'Alger à laquelle participent environ deux millions de personnes qui revendiquent l'application de «la plate-forme d'El Kseur», un texte qui doit être déposé à la présidence de la République à l'issue de la manifestation. Le document a été élaboré le 11 juin par le mouvement citoyen les «Aârchs» représentant les wilayas de Sétif, Bordj Bou Arréridj, Boumerdès, Béjaïa, Tizi Ouzou, et Alger ainsi que par le Comité collectif des universités d'Alger.
La marche gigantesque, de ce jeudi 14 juin, instruite du caractère pacifique du parcours, qui a démarré aux Pins maritimes (est d'Alger) après un trajet de trois kilomètres, se déroule dans le calme, mais arrivés au centre-ville, les manifestants sont accueillis par des tirs de grenades lacrymogènes. Un barrage «infranchissable» constitué de brigades antiémeute armées de matraques empêchant ainsi les marcheurs de déposer la charte de revendications au siège de la Présidence à El Mouradia. La répression est alors déclenchée faisant huit morts avec 130 personnes portées disparues
retrouvées par la suite, soit mortes, soit hospitalisées, soit mises en garde a vue. Depuis cette «mobilisation historique» aucune manifestation publique n'est tolérée, regrette Azzi, qui souligne qu'elle «restreint davantage les libertés individuelles et collectives». Sont également évoqués dans son ouvrage, le fameux «PAP» (Programme anti-pénurie), les événements du 5 octobre 1988, l'avènement du FIS dissous et l'assassinat du SG de l'Ugta, Abdelhak Benhamouda, La Charte pour la paix et la réconciliation, le 50ème anniversaire de l'Ugta et le conflit qui l'oppose au gouvernement...sont autant de faits intéressants évoqués à lire dans le livre de Abdelmadjid Azzi.
Dans la troisième partie de son livre, l'auteur entame son appréciation du cheminement du processus électoral présidentiel déclenché suite à la démission du président Lamine Zeroual «pour des raisons obscures» écrit-il, qui ouvrent la voie à une nouvelle élection présidentielle anticipée, sur la base d'une nouvelle Constitution qui limite le nombre de mandats à deux, «une première en Algérie», et d'ajouter que «néanmoins, elle augmente considérablement les pouvoirs du président de la République».
Dans le deuxième chapitre de la quatrième et dernière partie de son livre, Azzi avance, sans mettre des gants, que dans sa nouvelle approche, l'Ugta «a choisi d'abandonner le terrain de la lutte syndicale et préfère étouffer la voix des travailleurs en s'associant à l'Exécutif et au patronat, afin de garantir la paix sociale... menaçant des acquis arrachés de haute lutte.»
Qualifiant cette attitude de «dangereuse dérive», et en farouche défenseur des retraités et des chômeurs, Azzi écrit plus loin que «la Caisse nationale de retraite dégage un excédent de 20 milliards de dinars et la Caisse d'assurance chômage six milliards de dinars», ce qui lui fait dire que «les assurés sociaux et les retraités seront à l'abri, pendant longtemps, des mauvaises surprises.» Aussi exprime-t-il son désaccord quant à l'accaparement éventuel de ces réserves financières par le ministre du Travail en proposant de mettre à la charge de la Caisse nationale d'assurance chômage (Cnac) en lieu et place du Trésor public, le montant exonéré des cotisations sociales des employeurs concernés, comme si celle-ci n'est pas un segment de la sécurité sociale...
L'«Affaire Khalifa» que l'auteur dissèque dans les détails, montre l'étendue des imperfections et lacunes du système financier algérien auquel sont «agglutinés» des responsables algériens, et non des moindres, pour des raisons évidentes de corruption à grande échelle. Il citera les énormes pertes financières accusées: Ugta (80 millions/DA), Cnas (10 milliards/DA), Cnac (3,13 mds/DA), Casnos (2,4 mds/DA), et la CNR qui figure en tête avec un placement de 12 mds/DA avec un taux d'intérêts de 12%, en enregistrant un préjudice de quatre mds/DA avec une échéance prévue à la fin décembre 2002, dont seuls les 2/3 ont été récupérés. Abdelmadjid Azzi dépeint dans la première partie de son ouvrage le cours de sa vie parlementaire comme élu, député à l'Assemblée populaire nationale (APN) en y siégeant de 1977 à 1982. Il devient ainsi porteur d'un double mandat, celui de «représentant du peuple» au sein de l'instance principale du «pouvoir législatif», qu'il cumule un moment avec celui de secrétaire général adjoint de l'Ugta, chargé de l'organique. C'est dans cette institution, en tant que témoin, écrit le préfacier Djerbal, que Azzi assiste à la «destruction» pan par pan de l'édifice que la génération de la lutte pour l'indépendance et la souveraineté nationale, a eu tant de mal à bâtir durant les années 1962-1970. Daho Djerbal voit le témoignage de Azzi comme «important et crucial» tant, selon lui «il apporte de la substance à toutes les analyses des politologues avertis et des historiens du temps présent concluant: «Pour toutes ces raisons, mémoire et histoire font ici cause commune. 

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