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«Le chant de la sirène» film d'Arezki Larbi

Tentation et faux-semblant

Un film, en langue kabyle certes, mais qui laisse respirer de longs moments de silence bien pénétrants, en vue de créer de l'émotion et mettre en place ce dispositif de suspense planant qui colore ce film.

Apres «Winna» (l'autre), Arezki Larbi, plasticien, décorateur-scénographe pour le théâtre et le cinéma, vient de réaliser son deuxième court métrage appelé «Le chant de la sirène». Au premier abord, les deux principaux personnages nous font penser à «Le Vieil homme et la mer», le roman d'Hemingway et «La petite sirène» de Hans Christian Anderson.
L'histoire est celle d'un pécheur appelé Adem qui vit seul dans une maison où l'on peut distinguer plein d'objets accrochés ça et la en relation avec la mer, mais aussi de tableaux, de vieux portraits féminins dans sa chambre à coucher. Adam campé admirablement par Rachid Hadid est un solitaire qui, un jour se retrouve en panne de moteur. Fatigué, il décide de dormir. À son réveil, il regarde au loin quelque chose sur une île.Une petite maison. Il est décidé à réparer sa barque pour aller inspecter les lieux sur place. En attendant, Adem, ne fait qu'épier cet endroit de ses jumelles. Un jour, en débarquant dans cette maison, il tombe sur une sirène.
Un échange s'ensuit entre eux, mais la sirène ne semble pas bien saisir tout ce que dit l'Autre sur le monde. Intrigué et séduit, ce dernier, finit par tomber amoureux de cette créature..Mais il est trop tard....
Le destin en a décidé autrement... Film fantastique, Arezki Larbi, là encore, parvient à brouiller les pistes en mêlant le réel au surnaturel. Même stratégie que dans «Winna» où la vérité sur l'être n'est pas exactement celle que l'on s'imagine ou que l'on croit. Il en est de même pour ce que les yeux pensent avoir vu au départ..;
L'artiste Arezki Larbi qui aime à jouer avec la fiction, se plait en tout cas, à donner la pleine mesure à l'esthétisme qui se dégage de ce film, entre l'aura mystérieuse de cette «sirène» ou femme-enfant et l'ambiance un peu délétère qui se dégage de ce carcan atmosphérique, appuyé par le décor de la pleine lune, dont on sait qu'elle possède un impact efficient sur l'être humain et son comportement...

Lune et tentation
La caméra d'Arezki Larbi prend le temps pour filmer les détails, en mettant l'accent sur ce qui peut incarner un quasisymbole dans cette énigme cinématographique. Elle s'attarde sur le déchaînement de la mer et la grâce de cette sirène, avec ses gestes de la main et les mouvements dansants de ses bras.
Entre vague à l'âme et récif, l'homme est vite obsédé par cette femme pas comme les autres, qui semble l'éblouir un peu trop vite.
La mise en scène de ce court métrage est rehaussée à juste titre par ces éléments nocturnes, telle la lune et les vagues qui traduisent l'effroi de la solitude et la peur de cet inconnu pour lequel on est éperdument attiré. Un film, en langue kabyle certes, mais qui laisse respirer longuement des moments de silence bien pénétrant, en vue de créer de l'émotion et mettre en place ce dispositif de suspense planant qui colore ce film.
« Le chant de la sirène est une pure fiction littéraire du genre «conte contemporain» une nouvelle tirée de mon recueil de 1991 «Tairi ur n-elli (Cet amour qui ne vient pas).
Le film met en scène deux personnages; un pêcheur désabusé et une sirène bannie par les siens pour une faute commise dans son univers marin. Deux personnes, de deux mondes différents, dans un amour et un dialogue insulaires, un homme et une femme (demi poisson ou demi- femme) que j'ai eu l'humble prétention de mettre en images, une volonté artistique d'expérimenter une nouvelle manière de traiter des sujets de société, passer de l'imaginaire où les oppositions sont possibles, de l'écriture dessinée à la réalité cinématographique. Rendre possible un dialogue réel dans une atmosphère irréelle.
Le sujet, lui, est bien réel, depuis, Eve et Adam (prénom du pêcheur dans le scénario) Un dialogue simple entre un homme amoureux et une sirène qui peut être une enfant qui veut tout savoir ou une femme qui a tout oublié!», souligne le réalisateur. Et de préciser: « Filmer une poésie de la solitude, à la recherche de l'Autre, ce coeur qui manque. Parce que l'homme solitaire est figé dans un deuil, d'une personne qu'il n'a pas perdue. Rien n'est vain puisque l'humain ne croit que ce qui remplit son regard. Mon regard: plasticien de formation, scénographe de théâtre et de cinéma, nouvelliste par amour, ce sont ces formes d'écriture que j'aime forger jusqu'à fusion, pour l'intérêt que je porte aux bruits, aux mots, aux couleurs, aux paysages et en un mot: à l'image.» Pour rappel, Arezki Larbi et un artiste plasticien, scénographe, auteur et cinéaste algérien, né le 23 février 1955 à Bouira. De 1978 à 1982 il fréquente l'École des beaux-arts d'Alger, prenant pour thème de son mémoire «le tatouage en Algérie» et commence en 1982 d'exposer en Algérie.

Un conte contemporain
En 1991 et 1992 il séjourne à la Cité internationale des arts de Paris. Rentré en Algérie, Arezki Larbi travaille comme dessinateur de presse, crée à partir de 1995 la scénographie de plusieurs pièces de théâtre puis, pour le cinéma, les décors et costumes, notamment de «Machaho» (1995) et «El Manara» (2004) de Belkacem Hadjadj, «La Montagne de Baya» de Azzeddine Meddour (1997), «Morituri» d'Okacha Touita (2004). Il a également illustré bon nombre d'ouvrages.
Son premier court métrage «Winna» a été réalisé en 2019. «Le chant de la sirène» prend part cette semaine à la cinquième édition du Festival de la littérature et du film de la femme de Saïda. Il est aussi en sélection officielle au Maghreb film festival, aux Pays- Bas.

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