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«Maison Atlas», roman de Alice Kaplan

Le bonheur déchu

Un livre inspiré de faits réels mêlés à de la fiction dans un mariage parfait de subtilité, entre mélancolie et brin de nostalgie…

La 25eme édition internationale du Salon du livre d'Alger qui a marqué son retour cette année, a drainé un certain nombre de nouveaux romans dont le public a été friand de découvrir la teneur. Parmi ces livres, il y a lieu de mentionner «Maison Atlas» de la célèbre autrice Alice Kaplan. Un roman traduit de l'américain par Patrick Hersant et publié aux éditions Barzakh. Un livre qui allie romance au récit historique. Au début des années 1990, Emily quitte le Minnesota pour s'installer à Bordeaux. Sur les bancs de l'université, elle rencontre Daniel Atlas, un juif algérien dont elle tombe amoureuse.
Daniel est issu d'une vieille famille d'Alger dont les membres se considèrent comme des Arabes juifs qui ont fait le choix de rester en Algérie après l'indépendance. Riche famille juive dont il ne reste au final qu'un seul membre, à savoir Daniel... Son père, Samuel, appelé Sammy est assassiné pendant les années noires du terrorisme.
La séparation
C'est là où le destin va basculer pour Daniel et Emily. En effet, Il n'est encore qu'un jeune dandy lorsque la guerre civile déchire l'Algérie, l'obligeant à quitter Emily et la France. De retour à El Biar, le quartier de son enfance, Daniel retrouve ses parents isolés et menacés. Cette illustre famille de commerçants, qui a connu l'Algérie colonisée puis indépendante, a choisi de rester sur cette terre envers et contre tout. Bien implantée depuis des années et ayant beaucoup d'Algériens comme amis, car le père se sentait toujours algérien, la famille Atlas se verra pourtant endeuillée par la mort tragique de ce dernier. Ultime fils ayant peur pour sa famille délaissée ailleurs, Daniel décide donc de rentrer en Algérie pour veiller sur sa famille et puis y rester...Emily fait un jour le voyage en Algérie tentant de retrouver son petit ami. En vain.
Le couple se croisera pourtant en une fraction de seconde à Bab El Oued, mais sans se retrouver finalement, Daniel n'étant pas sûr de l'identité de la femme voilée, croisée un jour furtivement et qui fut apostrophée par un barbu et qualifiée d'espionne...Emily rentrera bredouille en France avant que les frontières ne soient fermées pour de bon aux étrangers. Bien des années plus tard, Daniel et Emily referont leur vie chacun de son côté. Daniel, lui, marié à Djamila n'eut jamais d'enfant. Becca, une jeune Américaine ayant l'âge de comprendre, fera elle aussi, le voyage pour tenter de retrouver ce père fantôme ou tout au plus établir un pèlerinage dans ce pays, appelé jadis la Mecque des révolutionnaires. Becca la fille d'Emily, n'a qu'une seule photo de son père. Becca suit les traces de l'Algérie et ce, grâce à ces quelques documents historiques arrachées à la poussière à la maison Atlas par sa mère, qui les avait pris avec elle, le jour où elle visitera la maison familiale des Atlas. Ces pages relataient le destin du grand père Henry Atlas et son rapport à l'Algérie aux côtés des musulmans. Des documents d'archives qui empruntent la voie de l'histoire avec un grand H. car si cette histoire est parsemée de fiction, l'on apprend à la dernière page du livre par l'auteur que ce dernier n'a pu exister sans «la générosité de la famille algéroise qui m'a ouvert ses portes et raconté son histoire.» affirme t-elle. Ce qui rend les faits de cette histoire doublement plus troublants et émouvants. Dans ce livre d'amour, de tourmente et d'exil, il s'agit aussi de quête d'une identité un peu perdue, un peu délaissée, par la force des choses à travers laquelle l'on tentera de mieux sonder sa lignée et son vécu.
La réconciliation avec les racines
Becca elle-même a conscience de la complexité des choses en avouant qu'il est impossible d'être juive et musulmane à la fois. Et pourtant, un jour après la projection du fameux film «La bataille d'Alger», elle ira fouiller dans les archives d'internet en se targuant auprés de ses copines d'avoir eu un descendant qui, vivant en Algérie, était proche des Algériens...
Cette question cruciale de la judéité est posée dans un cadre bien idyllique qu'il supprime de facto les pesanteurs que peut susciter en général le tabou du juif en Algérie. Au contraire, ce livre remet les choses dans leur contexte et dépeint avec véracité la réalité telle que vécue à l'époque, l'auteur ayant affirmé dans le roman ayant fait des recherches en ce sens. Ecrivaine, spécialiste d'Albert Camus, Alice Kaplan, célèbre chercheuse américaine, parvient, en effet, avec ce premier roman à réconcilier toutes ces communautés en faisant briser le mur du silence. Celui de ces populations ayant cohabité jadis en toute harmonie en ouvrant ainsi une brèche salutaire dans le passé. Il y a, certes, de la mélancolie, mais une forme de réconciliation aussi tant le plein d'anecdotes est narré avec une émotion rarement tangible. Et l'on se remémore aussi le lien qui mêlait les Etats-Unis à l'Algérie d'abord en débarquant en tant qu'allié en renfort puis en devenant l'ami de l'Algérie grâce aux célèbres Blacks Panthères....
Tout ceci est évoqué avec finesse dans ce livre, y compris les paysages d'antan, dans le moindre détail quant à Alger, la Casbah, El Biar, Belouizdad etc...
Alice Kaplan nous plonge, en effet, tantôt dans le paysage fantasmé des lacs et des montagnes du Minnesota, tantôt dans la chaleur moite d'Alger...et parvient à capter notre attention grâce au déchirement de ce couple, déraciné chacun à sa façon et dont la famille juive n'a pas eu, une vie facile...
Maison Atlas se veut être un livre témoin en résistance à l'oubli qui ramène la mémoire à sa juste valeur humaine. Jamais le mariage de la petite histoire avec la grande histoire n'a pu faire sens autrement que grâce à ce formidable roman. ÀA lire absolument!

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