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Hanane Bourai, romanciére, à L'Expression

«Ce n’est pas facile d’être écrivaine»

Hanane Bourai a enseigné la langue anglaise dans le cycle secondaire pendant plusieurs années. Elle est écrivaine, auteure de trois romans en langue française: «L'arbre infortuné», «Alter ego» et «Aussi loin iras-tu». À l'instar de Meriem Guemache, Lynda Chouiten, Zohra Aoudia et Lamia Khalfallah, elle nous dit ce qu'est être femme écrivaine en Algérie.

L'Expression: Comment les femmes algériennes vivent-elles leur statut d'écrivaines dans la société, dans la famille, dans le milieu professionnel?
Hanane Bourai: En apparence calmes et souriantes, la plupart d'entre nous mènent chaque jour un conflit intérieur intense. Être écrivain c'est être connu, et être exposé -surtout pour une femme- dans notre société n'est pas facilement admissible. On peut être flatté par ceux qui apprécient ce qu'on fait comme on peut être critiqué par ceux qui voient en la littérature un passe-temps futile. Être une femme écrivaine est source de complications comme celle d'être obligée de se comporter comme les autres et de ne pas paraître arrogante.
Or, certains prennent cette humilité pour une faiblesse et imposent leur mode de vie, leurs points de vue et leurs habitudes à l'écrivaine qui a parfois une tout autre vision des choses et qu'elle n'ose parfois pas exprimer car elle se sait incomprise.

Qu'est-ce qu'être une femme écrivaine en Algérie?
Être une femme écrivain dans notre société, c'est se battre pour l'être; on ne peut pas être écrivaine à plein temps car, sans parler du fait qu'on doit travailler du moment que la littérature ne fait pas vivre, la société exige qu'on soit avant tout des filles, des épouses et des mères exemplaires avant de nous «divertir». Or, l'écriture est une passion qui se vit à chaque instant et le moment le plus important dans la journée d'un écrivain est celui où il/elle peut s'adonner à sa passion.
Ce n'est pas le cas ici car une femme écrivaine doit effectuer toutes les tâches qu'on attend d'elle avant de pouvoir se consacrer à sa passion, ce qui n'est pas toujours évident. Ajoutons à ceci que rares sont ceux et celles qui comprennent ce besoin de s'isoler pour écrire et le prennent pour une lubie inutile.

Y a-t-il une certaine pression à subir et à devoir gérer du fait que l'on soit femme écrivaine dans la société algérienne?
La société ne comprend pas l'écrivain ou l'artiste en général. Dans le cas de la femme, c'est encore plus stressant de ne pas trouver le temps ou l'occasion pour écrire. La pression vient du fait qu'on doit nous acquitter de nos obligations quotidiennes ô combien nombreuses pour enfin libérer un moment pour écrire. Dans certains cas, cela peut aller jusqu'à devenir un tabou qu'on ne doit pas revendiquer à voix haute.

La vie de la femme écrivaine avant d'être publiée et après, change-t-elle?
Bien sûr que oui: passer de l'anonymat à une certaine forme de célébrité entraîne des changements. La façon dont on se perçoit soi-même et dont les autres nous perçoivent change aussi. Il y a aussi l'équilibre que l'on doit créer afin de concilier vie de femme et vie d'écrivaine et qui n'est pas toujours facile à maintenir.

Quand on est enseignante de lycée, quel regard portent généralement les élèves sur vous?
Mes élèves ont toujours été admiratifs pour mon statut d'écrivaine, même ceux qui n'ont pas la lecture comme passion. À chaque fois que je suis invitée dans une émission ou qu'un article à propos de moi est publié, c'est à qui me féliciterait le premier sur les réseaux sociaux. Maintenant que je ne suis plus dans l'enseignement, mes anciens élèves continuent à me suivre et à m'encourager, même de loin.

Quand vous avez écrit vos trois romans édités, avez-vous eu recours à l'autocensure parce que vous êtes une femme?
J'ai eu recours à l'autocensure pour la simple raison que mes deux premiers romans sont autobiographiques ou presque. Pour le troisième, je me suis délibérément éloignée de certains sujets qui fâchent car il faut toujours mesurer la profondeur de l'eau avant d'y mettre les pieds. Or il y a des sujets que je ne souhaite pas approfondir avant d'avoir une idée plus éclairée dessus.

Quand on est femme écrivaine, sommes-nous plus marquées et inspirées par les auteures universelles du même sexe? Qu'en est-il de vous?
Pas forcément.
Personnellement, je suis inspirée par des oeuvres qui ne sont pas toujours écrites par des femmes. La littérature, tout comme l'art en général, invite à briser les barrières sexistes et à aimer les belles-lettres sans préjugés ni distinctions. Cela dit, il y a toujours des caractéristiques dites «féminines» que certains peuvent préférer dans les écrits de femmes.

Justement, il y a des auteures interviewées dans le même sillage que vous, qui réfutent catégoriquement l'idée de parler de littérature féminine, préférant parler de littérature tout simplement, quel est votre avis sur cette question?
Malgré les spécificités de la littérature féminine, l'art d'écrire doit transcender les a priori. Il faut séparer féminité et féminisme; on peut écrire sur la femme sans pour autant suivre le courant féministe.
Défendre les droits de la femme en tant qu'être humain ne veut pas forcément signifier que l'on est engagé. Ce sont les idées reçues de la société qui ont fait que la femme ne fait pas certaines choses sans être pointée du doigt, dont la littérature. L'acte d'écrire doit être aussi naturel chez la femme que chez l'homme.

Comment expliquez-vous l'explosion, ces dernières années, du nombre de femmes qui écrivent des romans dans les trois langues, aussi bien à Tizi Ouzou qu'ailleurs?
La femme s'est libérée de plus en plus au cours des dernières années, y compris dans le domaine littéraire. De plus en plus de courants appellent à son émancipation, ce qui fait qu'elles se sentent plus libres de choisir leurs passions, y compris l'écriture.

Etes-vous sur un nouveau roman? Parlez-nous en si c'est le cas?
Oui, je suis en train de préparer un quatrième roman qui sera probablement différent de ses trois aînés. Il touchera justement à certains sujets que je n'ai pas traités auparavant, dont un tantinet d'histoire et de religion. C'est toujours en cours d'écriture car il m'a fallu me documenter avant de l'entamer. C'est tout ce que je peux en dire pour le moment.

Pour terminer, pouvez-vous nous citer les trois romans qui vous ont le plus plu et marquée ?
Parmi les oeuvres qui m'ont marquée jusqu'à présent, je citerai «Les Hirondelles de Kaboul» de Yasmina Khadra parce que, malgré la violence dont il témoigne, ce roman est le plus humain que j'aie eu à lire. J'ai aussi aimé «Le Palais du Désir» de Naguib Mahfouz pour ses descriptions subtiles des états d'âme des personnages ainsi que «Zabor» de Kamel Daoud pour la juste valeur qu'il y a donnée à l'acte d'écrire.

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