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Les enfants du divorce

De très jeunes parents divorcent presque tous les jours de l’année, et les juridictions suivent, péniblement les plaintes et complaintes déversées devant des magistrats souvent déstabilisés...

Deux mois avant la rentrée judiciaire, la triste et dévastatrice valse des divorces a repris de plus belle. Le nombre de foyers désagrégé, est presqu'impossible à donner, car les nombres et les chiffres sont difficiles à obtenir, et surtout difficilement vérifiables. «Il faudrait un logiciel spécial pour le décompte. C'est pratiquement hebdomadairement que les juges tiennent des audiences pas toujours régulières. Cependant, lorsqu'il y en a une qui a lieu, il est alors facile de la suivre, à moins d'un renvoi qui a lieu selon la volonté des uns et des autres. L'affaire du jour concerne la non-représentation de mineurs au père, fait prévu et puni par l'article 327 du code pénal. C'est ce même article de loi qui peut envoyer les auteurs de ce grave délit pour une peine allant de deux ans à cinq ans ferme. Pire! Quand les relations atteignent le summum de la mésentente entre les ex- époux, le conjoint qui a obtenu la garde des mineurs, au mépris du respect des lois, refuse obstinément de laisser l'autre conjoint exercer le droit de visite! Alors là, c'est directement la guéguerre déclarée. C'est vraiment la recherche des puces dans le corps La mère prétend que les trois enfants refusent de sortir les week-ends et les jours fériés avec le papa, évidemment remarié. Une occasion est alors offerte au père pour tenter de se venger. Blessé dans son orgueil, et surtout convaincu que l'ex - épouse est derrière ces refus, il dépose plainte auprès du parquet pour non- représentation d'enfants. L'affaire est enrôlée et programmée pour le 29 du mois courant.
À cette inadmissible excuse, le président demande à la femme de ramener les enfants afin que le tribunal les entende en personne. Elle est ravie d'expliquer que «les enfants ne veulent plus voir ce papa qui a eu l'audace de se remarier. J'ai tout entrepris pour leur faire comprendre qu'ils devaient sortir avec leur père, rien n'y fit.À chaque visite, ils s'habillent, se parfument et au moment où le papa vient frapper à la porte, ils se cachent pour signifier leur refus de sortir avec leur père.»
«Tout cela est bien; n'empêche que les enfants sont sous votre autorité. Et puisque vous êtes incapable de vous faire entendre de vos enfants, je vous demande de les ramener lors de la prochaine audience. Ils seront invités par le tribunal de dire leur refus publiquement». La semaine suivante, les parents et les enfants sont dans la salle d'audience, qui leur parait immense. Le juge a décidé de ne pas instaurer le huis clos. C'est la loi et la bonne dame va devoir s'y faire. Le jour «J», les gus sont debout devant le juge qui sourit largement aux gamins, qui ne lui rendent pas ce signe de politesse. Le Président va alors user de ses pouvoirs, et va, ainsi, effectuer une sortie peu vécue dans les enceintes des juridictions, dans ce genre d'affaires! Il se frotte les mains comme s'il allait procéder à une opération chirurgicale et lance en direction de la salle ébahie. «Nous allons instaurer un huis-clos et ceux qui vont être priés de sortir, ne seront pas cette fois-ci les mineurs, mais les deux adultes, en l'occurrence, le père et la mère des enfants avec qui le tribunal va discuter!» Les parents quittent momentanément la salle d'audience et laissent les enfants seuls avec le juge, la parquetière et le greffier. Un silence pèse de tout son poids sur la salle quasi vide. Le dialogue s'instaure et va vite. Nous ne saurions vous dire ce que se disent les enfants et les magistrats. De toutes les manières, le juge est satisfait, et il le fera savoir aux parents rappelés. Ils s'avancent de la barre, alors que les gosses sont conduits dans la salle des «pas perdus Le sourire bien dessiné sur la face décontractée, le magistrat va s'adonner à un exercice de plaisir comme seuls les professionnels de la justice savent en appliquer, le jour où ils sont confrontés à ce genre d'exercice. Il fixe bien comme il faut les deux antagonistes et annonce à haute voix pour se faire bien entendre
et comprendre. «Alors, madame et monsieur, vous qui croyiez, à tort, que vos enfants allaient vous lâcher pour d'autres parents, détrompez-vous! Vous ne connaissez pas vos enfants, car vous êtes toujours là en train de vous lancer des insultes! Oui, vos enfants vous aiment, vous ne pouvez imaginer à quel point, et c'est facilement vérifiable. Votre divorce ne les dérange pas, ni votre remariage non plus, d'ailleurs, même si c'est une possible hypothèse». Il se tait puis regarde devant lui le couple désarticulé depuis longtemps déjà, et déclare, tout heureux de l'information qu'il va fournir aux parents: les enfants aiment leurs parents et voudraient bien vivre avec les deux parents. Il suffit d'un rien pour que tous les malentendus soient levés.
«Inculpée, j'ai longuement discuté avec vos enfants qui vous adorent et ne trouvent aucun inconvénient à vivre avec vous deux! Alors, dorénavant, le père exercera le droit de visite sans peine. C'est clair, inculpée?» déclare le magistrat, très content du dénouement heureux de cette triste affaire, qui n'aurait jamais existé, si l'ire n'était pas venue mettre son grain de sel, et l'amour quitter le domicile.

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