L'Expression

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Quand la république avance, les slogans reculent

D'évidence, la notion de république n'était pas contemporaine de Platon, pourtant elle a été à la base de sa réflexion cardinale qui portera même son nom, pour devenir la matrice d'une démarche philosophique élaborée, en grande partie, par un non moins célèbre philosophe, son contemporain, Socrate.

Toutefois, ce dernier, en fin alchimiste du verbe d'alors, ne s'aidera pas d'une providentielle pierre philosophale, pour esquisser les contours de cette «respublica», mais (surtout) de son sens de l'observation du fonctionnement de son environnement immédiat pour aboutir à un postulat majeur: «La raison d'être de l'État est d'exister pour le bien du plus grand nombre et non pour celui-ci de quelques-uns». Plus tard d'autres penseurs, comme l'anglais John Locke proposera un énoncé encore plus en résonnance avec notre époque actuelle: ´´(...) L'État, selon mes idées, est une société d'hommes instituée dans la seule vue de l'établissement, de la conservation et de l'avancement de leurs intérêts civils. J'appelle intérêts civils, la vie, la liberté, la santé du corps; la possession des biens extérieurs (...)´´.
En faisant un bond en avant dans l'historisation de cette énonciation, pour arriver enfin à notre siècle, celui qui aura vu les peuples réaliser des avancées déterminantes, comme le droit à l'autodétermination afin de disposer pleinement de sa souveraineté récupérée au bout de plus de cent trente années de résistance, tout en se prémunissant au passage et implacablement contre l'irrédentisme alentours... Dans l'Algérie libérée, donc, le génie des pionniers s'adaptera avec le contexte sociopolitique pour (re)mettre le pays sur les rails. Plusieurs ingrédients mobilisateurs avaient été alors éprouvés, profitant de l'incroyable volonté des Algériens de relever les défis, vitaux pour la plupart. Les slogans qui avaient fait leur effet auparavant ont été de nouveau usités et même parfois, au bout des quelques décennies, jusqu'à la corde, provoquant l'effet inverse, dans bien des cas.
«Pour une vie meilleure», par exemple, subira l'outrage de l'amertume pour devenir «Pour une vie meilleure... ailleurs». Triste et inquiétant détournement, telle une sirène d'alerte, qui, malgré tout, ne parviendra pas, jusqu' aux oreilles encombrées de slogans, justement.
La facture fut réglée cash: Octobre 88 et un peu plus tard l'impardonnable décennie noire... Sur cette même terre d'Algérie, l'historique artisan de la défaite de l'armée coloniale française à Diên Biên Phu, que, Ferhat Abbas, alors président du GPRA, affirma, en 1962, qu'elle «est le Valmy des peuples colonisés et l'affirmation de l'homme asiatique et africain face à l'homme de l'Europe», d'Alger donc le général Giap avait bien averti que «l'impérialisme est un mauvais élève»... Un avertissement que certains avaient cantonné à la seule guerre du Viêt-Nam où l'impérialisme américain avait essuyé sa plus cinglante défaite. Il n'y a pas pire sourd, car l'amnésie transcende le temps et l'espace... Pourtant et pour paraphraser, encore, John Locke, ´´la mémoire est le magasin de nos idées´´... Et là aussi la facture fut lourde, mais cette fois pour les seuls contempteurs, Dieu merci: Le Hirak agira de manière biodégradable et décisive.
L'avènement d'une autre façon de concevoir la République était donc à portée de main. Mais «chat échaudé...», le scepticisme restait encore présent, telle une sentinelle qui n'a plus envie de côtoyer, outre mesure, le dépourvu...
C'est alors que le 1er mai s'amena pour mettre plus de baume dans l'optimisme de la volonté, allégeant du coup le pessimisme de la raison.
Les circonstances, la fête des travailleurs et le discours du Premier magistrat. Et à l'arrivée et au bout de deux heures d'écoute du propos présidentiel, le besoin de fouiller les poches de la mémoire devenait plus que nécessaire... Cet exercice mental permettra donc de relever des parallèles et des similitudes frappantes, pour ne pas dire revigorantes. En effet, dans
son discours Abdelmadjid Tebboune, suggérait et sans emphase, le passage de l'ère des slogans, à celle de l'action, en égrenant les premiers chiffres, en hausse patente, validés par les organismes internationaux idoines. Tout en annonçant la suite, loin de ces mêmes slogans, mais en s'appuyant sur des projections statistiques, à court et à moyen terme, énoncés publiquement sous le toit de la Maison du Peuple, ce lieu où Houari Boumediene annonça des mesures aussi vitales que souveraines, un 24 février 1971, l'enjeu d'alors était Hassi Messaoud, aujourd'hui il a pour nom Ghara Djebilet...
Et là aussi le discours politique aura pris ses distances avec les mots d'ordre et leur corollaire, l'effet d'annonce, pour ne consacrer que l'acte émancipateur, en l'occurrence l'indépendance économique et le bien- être social... Tout cela a été dit avec des mots bien éprouvés par la vérité des chiffres. «L'urbanité est le fondement de l'équité» avait dit Ibn Khaldoun, la vie meilleure est à chercher dans cette direction maintenant. Pour l'anecdote, Monsieur Tebboune avait suggéré que son discours pouvait paraître «décousu» (sic), pour avoir fait des «digressions», afin de revenir sur certains points de détail, plutôt pointus qu'infimes, en vérité. Et c'est tant mieux, à dire vrai, car la lisibilité de la démarche politique était encore plus lisible et à la portée du plus grand nombre. La République est en train de naître sans effet de manche, mais en se retroussant les manches. Et c'est tant mieux!

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