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L’Europe méditerranéenne et l’Algérie

Paroles et paroles…

Que de paroles l'Algérie n'a pas entendues de la part des pays européens du nord de la Méditerranée pour l'inciter à ouvrir son marché! «Partenariat gagnant-gagnant, codéveloppement, transfert effectif de technologie, taux élevé d'intégration, coopération mutuellement bénéfique.» Ces éléments de langage, qui expriment de bonnes intentions, masquent une réalité peu reluisante.

Les données des échanges économiques montrent bien que les relations sont essentiellement commerciales, pétrole et gaz contre produits manufacturés, selon des termes défavorables à l'Algérie, et que l'investissement direct est centré principalement sur le secteur des hydrocarbures. Quant aux investissements hors hydrocarbures, ils s'orientent vers des zones déjà aménagées et ne s'intéressent qu'à des opérations ponctuelles, profitables à court terme, et non au développement économique et social du pays qui nécessite un temps long... Des projets disjoints ne font pas le développement. Seule une approche intégrée, avec l'instauration d'un partenariat équilibré, pourrait améliorer la qualité de la coopération.
La raison est que pour l'Europe: la maîtrise de l'immigration, la préservation de la sécurité, l'approvisionnement énergétique, l'ouverture des marchés des produits industriels et des services sont au coeur de sa politique en direction de l'Algérie. Alors que pour l'Algérie: la priorité vis-à-vis de l'Europe est d'attirer des investissements avec un apport effectif de capitaux et de technologie pour le développement de son économie et d'équilibrer ses échanges commerciaux.
A ces approches différentes de la coopération s'ajoutent les conflits non résolus au Maghreb et au Moyen-Orient qui sont perçus par les pays de l'UE comme une menace de leurs intérêts et par l'Algérie comme une menace pour sa stabilité, rendant difficile l'établissement d'un agenda politique commun.
Sur le plan économique 2/3 à 3/4 des échanges commerciaux de l'Algérie se font avec l'Europe méditerranéenne. La division internationale du travail maintient l'Algérie dans la position de pays fournisseur de matières premières, notamment énergétiques et minières, et de produits à faible contenu technologique et de l'Europe un fournisseur de produits industriels et de services. Le gros des opérations restant commercial - vente d'équipements sans véritable transfert de technologie, captation des ressources naturelles - maintient le pays dans une dépendance sur le long terme.
Sur le plan social, culturel et humain, le scénario euro-méditerranéen fonctionne à l'exclusion. La peur de l'islamisme renforce au Nord le processus de construction mentale de la frontière «culturelle», l'invention progressive d'une Europe comme espace humain, «culturel» et de prospérité, protégé du Sud par des frontières étanches entraînant le risque presque inévitable de construire dans cette direction un horizon hostile. Les perspectives du rapport entre l'Europe et l'Algérie ne peuvent continuer à s'inscrire dans un partenariat asymétrique. La construction régionale durable ne peut se fonder sur «l'association» inégalitaire.
L'Algérie n'a cessé, depuis l'Accord d'association de 2005, d'offrir des facilités à l'investissement direct étranger en général, européen en particulier, sans obtenir les résultats escomptés, la construction d'une économie indépendante. Il devient par conséquent impératif de réviser cet Accord d'association pour rendre crédible et traduire en actes la parole européenne qui promettait une coopération mutuellement bénéfique constamment différée.
Finalement, le projet européen en direction du sud de la Méditerranéen, et de l'Algérie en particulier, a le choix entre deux modèles fondamentaux:
- ou bien construire une forteresse européenne de prospérité, repliée sur son patrimoine humain, économique et culturel, et protégée des menaces potentielles du Sud par des barrières supposées infranchissables;
- ou bien à l'opposé, bâtir une Europe «sans rivage», préfigurant une autre organisation du monde qui intégrerait réellement les pays du Sud, dont l'Algérie, dans une prospérité partagée.
Le premier modèle semble correspondre à la tendance actuelle et s'incarne dans une politique de sécurité exclusive. Mais c'est le second qui paraît le plus apte à gérer l'avenir de l'espace méditerranéen. 

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