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Chems-Eddine Bezzitouni,spécialiste des start-up, à L'Expression

«Meta a tout à gagner en Algérie»

Chems-Eddine Bezzitouni, spécialiste des start-up, revient dans cet entretien sur les capacités de l'Algérie et les moyens favorables pouvant permettre à nos startupeurs d'intégrer les industries créatives à l'ère des metaverses. Ce jeune Algérien résidant en France occupe le poste de directeur du développement chez Creative Valley Groupe, un réseau de centres d'innovation qui accompagne une communauté de 250 start-up en France, en Asie et en Afrique.

L'Expression:Le président de la République a reçu, mardi, une délégation de la société de réseautage social Meta. Avons- nous les moyens nécessaires pour développer cet écosystème numérique et s'inscrire dans les industries créatives à l'ère des metaverses?

Chems-Eddine Bezzitouni: L'économie numérique, qu' elle soit de la 2e ou de la 3e génération, obéit aux mêmes règles que l'économie traditionnelle, à savoir: le développement d'infrastructures efficaces, de la production et des usages. Si l'on devait caractériser l'économie numérique 3.0 dans laquelle s'insèrent les metaverses (univers métaphysiques),on parlerait donc d'infrastructures avec l'avènement de la 5G et des usages avec les différents contenus et chaînes de valeurs proposés par les acteurs des univers immersifs.
Alors, pour répondre à votre question, je dirais oui, non seulement nous avons les moyens, mais surtout tout l'intérêt de le faire. Aujourd'hui l'Algérie dispose d'un réseau de fibres optiques des plus importants du continent avec une connexion à l'internet mondial de plus en plus diversifiée, même si cette infrastructure gagnerait à être amenée au niveau de l'internet du «Très haut débit'' pour permettre à la 5G d'irriguer le web 3.0 en Algérie et laisser vivre la deuxième composante de cette économie, c'est-à-dire, la production et le développement des usages. Ce qui nous amène à ce deuxième point qui intéresse particulièrement les géants de ce monde à l'image de l'entreprise Meta et que sont les usages. En des termes plus simples, c'est bien de faire des routes, mais il est tout aussi important si ce n'est plus d'avoir des véhicules qui les empruntent en créant de la valeur ajoutée à l'économie nationale tout en contribuant à l'économie mondiale, ce qui permet entre autres, la diversification des ressources pour le pays.
De plus, en matière d'univers immersifs, rien n'est fait encore pour le moment. Malgré tous les investissements faits par Meta, cette plate-forme n'arrive pas à dépasser les 300 000 utilisateurs metaverses et Sandbox a dû umême trouver une stratégie pour faire croître ses chiffres en créant ce qui est appelé «les expériences» pour réunir ses utilisateurs de manière ponctuelle. Donc, pendant que certains diront que tout ce sujet n'est qu'une bulle qui va disparaître d'autres soutiennent la thèse des univers persistants avec pour preuve l'économie générée par l'industrie du jeu vidéo (gaming) qui a su créer l'usage et surtout capter la valeur au sens économique du terme avec un chiffre dépassant celui capté par l'industrie cinématographique dans le monde. L'industrie des jeux n'est pas opposable à celle du cinéma, elles sont même convergentes parce que tous les effets spéciaux que nous consommons aujourd'hui sur le grand ou petit écrans sont confectionnés par les ingénieurs et créatifs qui évoluent dans le gaming. Et c'est la raison même qui fait des industries culturelles et créatives (ICC) le meilleur terrain de réflexion, production et consommation des usages metaverses. Demandez à n'importe quel foyer composé de jeunes enfants ou jeunes adultes s'ils connaissent Fortnite, vous serez étonnés du nombre de consommateurs des métaverses que nous avons.

Quel avenir présagez-vous pour notre pays dans ce domaine?
Notre avenir est aussi riche en enjeux et challenges qu'en opportunités. Pour parler des enjeux, nous sommes en voie d'inscrire l'Algérie dans cette mutation du monde que nous connaissons vers le monde des espaces metaverses persistants et défendre notre culture et patrimoine à travers les ICC algériennes notamment. Et sur le plan des opportunités, nous vivons un momentum que nous pouvons employer pour faire émerger une économie fondée sur la connaissance créatrice de croissance. Et pour ce faire, il faut investir le terrain sans tarder en commençant par la formation aux nouveaux métiers que sont les arts graphiques, les arts numériques, le coding,... pour ne citer que cela et en se positionnant sur le développement des cas d'usage à travers l'accélération des start-up algériennes.

Le chiffre d'affaires de Meta est en déclin dans le monde. Cependant en Algérie, ce réseau social demeure le plus utilisé, que cela soit par les utilisateurs, les e-commerçants proposant des services en ligne sur cette plateforme. S'inscrire dans cette démarche serait un pari risqué ou gagnant pour les startupeurs, et nos entreprises qui veulent se mettre en mode métaverse?
Ce constat appuie mon propos d'avant. Il faut différencier le chiffre d'affaires du nombre d'utilisateurs. Il ne faut plus comparer le nombre d'utilisateurs d'un opérateur comme Facebook à un autre réseau social, cette bataille a été remportée par Facebook.En effet, à l'ère du web 2.0, aujourd'hui,il faut comparer Meta à des structures telles que Fortnite, Mainecraft ou Decentraland. Aujourd'hui, la bataille est toujours en cours en ce qui concerne le web 3.0, nous ne savons pas qui en sortira gagnant. Et c'est justement ici notre meilleure perspective. Pendant que les géants de la technologie se font la guerre, nous devons dès maintenant préparer le tissu créatif et technologique algérien pour être prêts quand le temps de la rentabilisation sera venu. Le monde connaît des perturbations en géotechnologies majeures et tout laisse croire que nous allons vers un monde multipolaire, pour ne pas dire, de pair à pair. Autrement dit, il faut travailler avec Meta ainsi qu'avec tous les autres partenaires, notre enjeu est d'opérer une transformation.

Quel rôle incombe aux startupeurs?
Les start-up sont les structures les plus adaptées pour créer les usages adaptés. Leur agilité organisationnelle leur permet de suivre les perturbations des géotechnologies évoquées plus haut et leur agilité économique leur donne cette aptitude à transformer ces usages en valeur économique et verser le tout dans le développement économique du pays, notamment grâce au cadre légal qui a été mis durant les deux dernières années. Nous avons besoin d'une armada de start-up qui évoluent de manière verticalisée (santé, culture, agriculture,...etc) et sur des technologies segmentées (IA, Blockchain, Cyber sécurité,...) et pour permettre cela il faut capter des financements massifs et je crois que nous sommes déjà bien engagés sur ce terrain.

Vous faisiez partie de la délégation qui avait accompagné le Président francais en Algérie. Quel est le role de la diaspora et vous en tant que ‘'notre matière grise ‘' pour accompagner l'économie du savoir et de la connaissance?
La diaspora, même si je n'apprécie pas forcément ce terme car il évoque la dispersion, a un rôle majeur. D'abord son existence et performance dans les différents écosystèmes technologiques qui composent le monde d'aujourd'hui permettent d'avoir cette lecture transversale et peu aiguiller sur la direction des enjeux globaux. Et puis, la maîtrise de certaines technologies de pointe peut faire gagner quelques étapes aux partenaires basés en Algérie. Sans oublier le devoir et le rôle du rayonnement car nous sommes tous ambassadeurs de notre pays chacun à son niveau et son domaine. Donc, en somme, la diaspora peut contribuer en termes de vision, de gain de temps et de promotion.

L'investissement de Meta en Algérie serait-il économiquement rentable pour les deux parties?
Meta a tout à gagner en étant en Algérie car nos talents travaillent déjà sur ces technologies, donc Meta est déjà rentable. Maintenant pour ce qui est du gain pour l'économie nationale, cela dépendra de comment le partenariat est orienté et sur ce plan je pense que nous avons en Algérie toute la compétence pour garantir la rentabilité à moyen et long terme. Je citerai un enjeu à titre d'exemple dans le cadre de ce partenariat: nous avons besoin de former nos talents locaux et les verser dans des circuits économiques à l'ère du temps et du mindset des millenials.

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