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Jean qui rit, Ali qui pleure

Le 8 Mai 1945 en France c’est le jour de la libération. En Algérie c’est le jour du massacre par l’armée coloniale française de 45 000 civils. Retour sur cette date phare…

Non-dits. Samedi prochain, en France comme en Algérie, sera une journée consacrée à la mémoire. Dans l'Hexagone on fêtera la libération du pays qui était occupé par l'Allemagne tandis qu'en Algérie on se recueillera à la mémoire des 45000 Algériens massacrés à Sétif, Guelma et Kherrata. À cette époque, l'Algérie était colonisée par la France depuis 115 ans, qui elle-même était occupée par l'armée allemande depuis 1940. Libérée en 1944 par le débarquement des alliés (Etats-Unis- Angleterre) en Normandie, la France était dirigée par un gouvernement provisoire présidé, jusqu'en 1946, par le général de Gaulle. Une situation inédite d'un pays, l'Algérie, colonisé par un autre pays, la France, qui était, elle-même, occupée par l'Allemagne. Le pouvoir en Algérie depuis 1940 répondait aux ordres de Vichy du maréchal Pétain. Ce qui a entraîné la division de la communauté pieds-noirs en Algérie entre vichystes et résistants. Surtout après l'annulation par Vichy, du décret Crémieux. Le 8 novembre 1942, en concomitance et à la faveur du débarquement des troupes américaines à Sidi Ferruch, des pieds-noirs parmi les plus ultras dirigés par José Aboulker, organisèrent un putsch et s'emparèrent du pouvoir à Alger. En réaction, Pétain crée le «Haut-Commissariat de France en Afrique» dont la direction a été confiée à l'amiral Darlan qui a été assassiné, le 24 décembre 1942, par un membre de «l'opération Torch» de José Aboulker. C'est le général Giraud qui lui succède sans grande autorité il faut le dire. Il était coincé entre un gouvernement de Vichy inopérant dans son propre pays et une population de colons en Algérie fracturée et dont une partie s'était constituée en milice. C'est cette milice qui détenait le pouvoir réel en Algérie le 8 Mai 1945. Cette situation confuse qui régnait à Alger à la fin de la Seconde Guerre mondiale n'a pas échappé aux historiens. Néanmoins et pour d'obscures raisons, rares sont les chercheurs qui évoquent publiquement cet aspect du contexte durant lequel 45 000 Algériens ont été massacrés par les légionnaires, venus en renfort d'autres pays de l'Empire colonial français, d'une armée française très fragilisée par les luttes intestines qui ont marqué la période de l'occupation allemande. Cette «alchimie» du pouvoir de la milice avec le concours des légionnaires expliquent la sauvagerie militaire contre une population civile désarmée. La disproportion des moyens mis en oeuvre (bombardements aériens et maritimes, exécutions sommaires, viols, etc.) ne peut s'expliquer que par l'anarchie qui régnait au sein du pouvoir français à l'époque. Une population qui avait cru à la promesse de Roosevelt et Churchill contenue dans la charte dite de l'Atlantique signée le 14 août 1941 et qui prévoyait en son article 3 que les deux dirigeants feront en sorte «que les droits souverains et l'autonomie de gouverner seront restitués à ceux qui en ont été privés par la force». Ce qui était exactement le cas en Algérie en ce tragique jour du 8 Mai 1945. Nos historiens sauront faire la part des choses pour établir les culpabilités et la responsabilité de l'Etat français dont De Gaulle avait reconnu la continuité même pendant la présence allemande en déclarant «la République n'a jamais cessé d'être. Moi-même suis le président du gouvernement de la République. Pourquoi irais-je la proclamer?». Sauf que s'il était vraiment le président du gouvernement provisoire français, ses pouvoirs étaient réduits par la milice des colons pieds-noirs. À tel point que voulant savoir ce qu'il s'était réellement passé à Sétif, Guelma et Kherrata, De Gaulle envoya le général Tubert enquêter sur les massacres. Dès son atterrissage à Alger, Tubert fut empêché d'aller sur les lieux des crimes avant d'être réembarqué pour Paris avec un «circulez! Y a rien à voir!». C'est dire la capacité de nuisance de la milice des Aboulker (père et fils) composée des ultras d'Alger. Ainsi restituée dans son contexte, cette partie de notre histoire sera mieux comprise par l'opinion publique. Pour donner du sens à la déclaration surprise de l'ambassadeur de France en Algérie qui a qualifié en 2005, soit 60 ans après les faits et pour la première fois, les massacres des Algériens du 8 Mai 1945 par le pouvoir colonial, de «tragédie inexcusable». Une reconnaissance confirmée par le ministre français des Affaires étrangères en 2005, Michel Barnier. Si l'on recoupe cette déclaration avec celle du président français, Emmanuel Macron, qui douze ans plus tard a qualifié, en février 2017, la colonisation de la France en Algérie de «crime contre l'humanité». Ainsi, d'étape en étape, on saura un jour la vérité, toute la vérité, sur le complot tramé contre l'Algérie depuis des siècles!

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